L’intelligence, qu’est-ce que c’est ?
L’intelligence désigne l’ensemble des processus qui permettent d’apprendre, de comprendre ou de s’adapter à des situations nouvelles. Elle correspond à la fois à la faculté d’adaptation à l’environnement et à la capacité de le transformer pour répondre à ses besoins. Cette notion ne concerne pas seulement les humains, mais aussi les animaux, les plantes ou encore certaines machines dotées d’intelligence artificielle. L’intelligence est une capacité à trouver des solutions à des difficultés rencontrées dans un certain environnement.
Évolution de la cognition humaine
Comme les idées et le langage ne se fossilisent pas, les indices sont indirects. L’étude du cerveau lui-même (paléoanthropologie, neuro-archéologie, imagerie) et celle des productions de l’esprit (outils, arts) se croisent avec la psychologie du développement et l’étude de la cognition animale, afin de mieux comprendre l’évolution de l’intelligence, tant pour la lignée humaine que pour chaque individu.
Intelligence et culture
L’évolution biologique est souvent présentée comme déterminant le fonctionnement du cerveau, qui fixe ensuite les capacités cognitives, et que ces capacités expliquent les pratiques culturelles. C’est ce qu’on appelle une vision « uniquement ascendante » (bottom-up only). Mais des recherches récentes montrent que la culture elle-même peut agir sur l’évolution cognitive. Par des phénomènes comme « l’exaptation culturelle » (où une innovation culturelle est réutilisée pour de nouvelles fonctions) ou la « réutilisation neuronale culturelle » (où le cerveau s’adapte aux usages culturels), les pratiques culturelles peuvent modifier les capacités cognitives et même la structure du cerveau. Cette perspective, dite « descendante aussi » (topdown also), fait de la culture une force motrice de l’évolution humaine.
Différentes intelligences
D’autres approches incluent l’intelligence émotionnelle, qui renvoie à la capacité à reconnaître et réguler les émotions, ou encore l’intelligence artificielle, définie comme la faculté d’un système technique à apprendre, s’adapter et atteindre
des objectifs. L’intelligence peut aussi être collective, lorsqu’un groupe combine ses ressources cognitives, et certains chercheurs évoquent même une forme d’intelligence végétale.
De l’Homo habilis à l’Homo sapiens
Les noms attribués aux espèces du genre Homo en disent beaucoup sur notre perception de l’intelligence et de la culture. Ainsi, Homo habilis, littéralement « l’homme habile », suggère déjà une capacité à fabriquer des outils et à manipuler son environnement de manière ingénieuse. De même, Homo sapiens, « l’homme pensant », met l’accent sur notre aptitude à raisonner, à développer un langage et à créer des sociétés complexes. Ces dénominations ne se limitent donc pas à une classification biologique : elles reflètent notre conception de ce qui définit l’intelligence et la culture humaines, soulignant la dimension cognitive et symbolique qui nous distingue dans l’histoire évolutive.
L’intelligence ne se réduit pas à la taille du cerveau : elle repose aussi sur son organisation.
Y a-t-il un rapport entre la taille du cerveau et l’intelligence ?
Au XIXe siècle, les scientifiques se sont beaucoup intéressés à l’étude de la taille du cerveau humain, avec un postulat de départ relativement simple : plus le volume du cerveau est important, plus l’être est intelligent et évolué. La comparaison se voulait scientifique mais les résultats allaient généralement dans le même sens : faire apparaître le mâle blanc en haut de la pyramide de l’intelligence devant les les singes. En moyenne, le volume du cerveau des hommes - 1 290 cm3 - est légèrement plus important que celui des femmes - 1 130 cm3 - ce qui a valu à l’anatomiste Paul Broca (1824-1880) de voir dans les petits cerveaux féminins la preuve de leur « infériorité physique et intellectuelle ». Mais l’autopsie du cerveau d’Albert Einstein témoigne directement du fait que les capacités cognitives ne relèvent en rien de la taille du cerveau, le sien étant plus petit que la moyenne. L’intelligence ne se réduit pas à la taille du cerveau : elle repose aussi sur son organisation.
Les hommes prehistoriques étaitent-ils les « premiers génies » ?
L’augmentation du volume cérébral, multiplié par 3 en 7,5 millions d’années, n’est pas linéaire, mais résulte d’une suite de variations de taille et de réorganisation du cortex cérébral. Elle serait liée à l’apparition de la bipédie, il y a 7 millions d’années, qui aurait provoqué le recentrage de l’os occipital chez les hommes - alors qu’il est oblique vers l’arrière chez les grands singes. L’augmentation du volume n’explique pas à elle seule l’émergence de comportements complexes, notamment en lien avec les modifications des environnements et des ressources alimentaires, animales ou végétales. En effet, chasser et observer les comportements des animaux supposait des formes d’intelligence élaborées. L’évolution cognitive est également visible dans les nombreuses formes de conception et de réalisation des outils de ces premiers hommes. Leur diversité témoigne de savoir-faire complexes, transmis et perfectionnés sur des centaines de milliers d’années. Cependant, la diversité des technicités au sein du genre Homo, et des progrès techniques et culturels menant à l’homme moderne, n’est pas continue.
Article rédigé par ingénieure d’études en préhistoire et copropalynologie et chargée d’enseignement, Delphine Vettese, maîtresse de conférences en archéozoologie, Thomas Garcia-Fermet, chercheur associé en paléontologie, Clara Brochard, doctorante en technologie lithique, Wiktoria Turton, doctorante en géologie, Vincenzo Celiberti, ingénieur d’études en technologie lithique et chargé d’enseignement, Evgenia Osipova, chercheuse associée en technologie lithique, Sophie Grégoire, maîtresse de conférences en pétroarchéologie, Gauthier Catala, ingénieur d'études en informatique Laboratoire HNHP - (UMR 7194 UPVD-CNRS-MNHN (convention INRAP)
Mag Intersections : le magazine de la recherche et de l'innovation à l'Université Perpignan Via Domitia.
Le magazine InterSections aborde un thème d'actualité à travers les travaux de recherche en cours dans les différents laboratoires de l'UPVD. Accessible à tous, il invite le lecteur à poser un regard nouveau sur le monde et l'environnement qui l'entoure, au coeur de la recherche universitaire.
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