[Mag Intersections #5] Dossier Les Intelligences : Développer l'intelligence collective des entraîneurs sportifs en formation pour l'amélioration des performances d'athlètes

Article rédigé par Florence Cassignol, maîtresse de conférences en psychologie du sport et Carole Santi, maîtresse de conférences en biologie Laboratoire LIPSEM - (UR 4604 UPVD)

  • Le 3 sept.
Au Laboratoire interdisciplinaire performance santé environnement de montagne (LIPSEM), des chercheurs mettent en place des ateliers d’analyse de pratiques professionnelles collectives auprès des jeunes entraîneurs dans le cadre de leur formation initiale. Ces pratiques réflexives collectives favorisent le développement professionnel en encourageant la prise de recul, la compréhension et l'enrichissement mutuel à partir d’expériences partagées.

L'Analyse des pratiques professionnelles (APP) trouve ses racines dans divers secteurs tels que la médecine ou l’enseignement. L'APP s'applique désormais à un large éventail de professions caractérisées par une forte dimension relationnelle. Il s'agit d’exposer une expérience vécue en la verbalisant et en la confrontant aux regards croisés du groupe, tant sur les aspects objectifs que subjectifs. Le groupe va ensuite construire collectivement des pistes d’amélioration enrichissant ainsi le bagage professionnel de chacun. Ce dispositif mise sur une approche socio-constructiviste de l’apprentissage fondée sur l’intelligence collective. Il est donc intéressant de l’appliquer dans la formation des entraîneurs sportifs, d’autant plus que les jeunes entraîneurs soulignent souvent le « choc de la réalité », vécu par le décalage entre leur formation universitaire et leurs expériences
sur le terrain. Dans le cadre de notre recherche sur le développement professionnel des entraîneurs, 18 étudiants de master 1 ont participé à quatre ateliers d’APP de 2h30 chacun. À l’issue de ceuxci, un écrit réflexif individuel est venu compléter cette approche afin d’identifier les bénéfices du dispositif.

Ce début de carrière semble ainsi marqué par une certaine solitude qui les conduit à avoir besoin d'être accompagnés, guidés et confortés dans leur travail.




Les préoccupations évoquées par nos étudiants lors de ces ateliers témoignent des multiples tensions vécues dans leurs premiers pas professionnels. Elles relèvent davantage de difficultés adaptatives aux réalités du terrain professionnel que d’un manque de compétences techniques, témoignant d’un travail d’ajustement identitaire et relationnel face à un métier complexe. En effet, les jeunes entraîneurs en formation abordent des problématiques liées à l'organisation et à la mise en oeuvre de l'entraînement à travers des difficultés logistiques, de clarification des objectifs et de planification de séance. Toutefois, ils questionnent surtout leurs propres postures, encore en construction, mises à l’épreuve par des injonctions parfois contradictoires entre attentes institutionnelles, besoins des pratiquants et modèles incarnés par des pairs plus expérimentés. Ces situations activent alors des questionnements profonds concernant leurs rôles, leur autorité et leur légitimité en construction, qui sont au coeur de leur développement identitaire professionnel. Ce début de carrière semble ainsi marqué par une certaine solitude qui les conduit à avoir besoin d’être accompagnés, guidés et confortés dans leur travail. Ce dispositif, en leur apportant ce soutien par l’identification aux problématiques de leurs pairs, témoigne de l’importance de développer des savoirs professionnels d’ordre relationnel en formation.

Les résultats confirment également que la résolution des problèmes évoqués ne passe pas exclusivement par une logique explicative visant à identifier des solutions concrètes, mais aussi par une dimension compréhensive visant à expliciter les situations pour mieux en comprendre l’origine. Cette seconde logique est largement mise en avant par les jeunes entraîneurs. Elle confirme l’intérêt d’un espace collectif d’expression et de mise en mots qui confronte les jeunes entraîneurs à une diversité de représentations et de pratiques de leurs pairs leur permettant de s’approprier leurs premières expériences et de construire leur identité professionnelle en développant leur réflexivité.

Le dispositif permet également de développer des compétences communicationnelles et sociales telles que l’écoute active, l’ouverture aux autres, l'explicitation d’un discours, le maintien d’une posture bienveillante et non jugeante ou l’attention sélective sur un temps long. Les jeunes entraîneurs ont jugé ces compétences nouvelles et utiles dans leur formation.

Les enseignements en sciences du sport ont longtemps concentré leur attention sur l’acquisition des compétences techniques des entraîneurs plutôt que sur les compétences cognitives, telles que l’analyse critique ou la prise de décision. L’APP, en mobilisant une intelligence collective qui valorise l’intersubjectivité et l’altérité, permet des cheminements coconstruits conduisant à une meilleure compréhension des situations vécues et à l’élaboration d’options pour les actions futures. L’objectif de ce dispositif a été atteint en formant des praticiens réflexifs, capables de contextualiser leurs savoirs, de problématiser leur pratique pour la faire évoluer et aptes à s’engager dans un processus à long terme de développement professionnel.

Si les bénéfices de ce type de dispositifs, dès la formation initiale pour les jeunes entraîneurs sont confirmés dans cette étude, nous retrouvons aussi les risques identifiés dans la littérature liés au dispositif lui-même, notamment l’appropriation du protocole (cadre et règles), les contraintes organisationnelles (disponibilité des participants, constitution du groupe), mais aussi le dépassement de la crainte du jugement des autres. Pourtant, ces ateliers d’APP ont permis l'évocation de doutes et de lacunes professionnelles de manière authentique. Les porteurs de cas se sont aussi sentis libres d’accepter ou non les solutions apportées par le groupe. Il ne s’agit donc pas d’injonctions à agir mais bien d’une réflexivité personnelle qui prend en compte la personnalité de chacun. Ceci laisse à penser que si ces risques existent bien, ils peuvent être dépassés. Grâce à l’application d’un cadre et de règles strictes dont est garant l’animateur, se bâtissent à la fois un climat de confiance et un espace de liberté qui deviennent alors les conditions sine qua non à l’adhésion et à l’efficacité de ce type de dispositifs. Ces éléments rappellent l’importance cruciale du formateur dans la réussite de ce type de dispositifs qui exige une expertise élevée dans sa mise en oeuvre et sa régulation pour instaurer un climat socio-affectif propice à l’émergence des finalités à la fois analytiques et pragmatiques du dispositif. Il permet alors le développement professionnel notamment identitaire des jeunes entraîneurs en formation par l’acquisition de trois types de savoirs : intrapersonnels (réflexivité, métacognition), interpersonnels (communication, ouverture aux autres, gestion des conflits) ainsi que professionnels (planification de séances).

L'APP, en mobilisant une intelligence collective qui valorise l'intersubjectivité et l'altérité, permet des cheminements coconstruits conduisant à une meilleure compréhension des situations vécues.

Mag Intersections : le magazine de la recherche et de l'innovation à l'Université Perpignan Via Domitia.


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Mise à jour le 3 septembre 2026
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