Les lettres classiques, des études destinées à qui ? 

   "Lorsque Zénon demanda à l'oracle ce qu'il devait faire pour avoir la meilleure vie possible, le dieu lui répondit de "côtoyer les morts". Il comprit tout de suite et se mit à étudier les auteurs anciens."   Diogène Laërce, Vie de Zénon


 Vous n'avez jamais fait de latin ni de grec, mais vous êtes attiré(e) par les mondes antiques (mythologies, façons de penser le monde, littérature...) : vous pouvez démarrer l'apprentissage du latin et du grec en licence de lettres, parcours lettres classiques à l'université de Perpignan. Et malgré les idées reçues, cet apprentissage n'est pas plus difficile que celui d'une langue vivante !

Vous souhaitez travailler dans la culture (édition, agence de voyage, guide-animateur...) : une licence de lettres, parcours lettres classiques vous permettra de multiplier les possibilités d'embauche.

Vous ne savez pas encore quel métier vous aimeriez exercer : la licence de lettres, parcours lettres classiques vous assurera, outre les connaissances dispensées en lettres modernes, une bonne maîtrise des cultures antiques, de la littérature grecque et latine, des courants de pensée (philosophiques et politiques) antiques, de l'imaginaire, des fondements de la pensée européenne classique et contemporaine. Ces disciplines, qui ont inspiré penseurs et artistes de toute l'Europe depuis le Moyen-Age, sont encore aujourd'hui une source de créativité.

Si la lecture des grands auteurs vous passionne, apprenez à les lire dans leur langue originale ! Le bonheur est incomparable...

"Je recevais deux francs par dimanche. J'avais scrupule, mais je les prenais. Les Anatole France coûtaient 3,50 francs chez Calmann-Lévy. Euripide, Eschyle, Sophocle, Aristophane, Virgile coûtaient 0,95 dans les Classiques Garnier. Avec mes deux francs, j'avais deux de ces gens-là et il me restait deux sous. Avec les deux sous, je timbrais ma lettre, car il n'y avait pas de libraires à Manosque et je commandais directement à Paris. On doit avoir chez Garnier une belle série de ces lettres de 1911 jusqu'à la guerre de 1914. Dès que j'avais écrit, la joie commençait. J'allais mettre moi-même la lettre à la poste. C'était le soir, à sept heures, la nuit, et je tâtais soigneusement avec la main l'ouverture de la boîte pour être sûr que ma lettre glissait bien dedans. C'était parti. Ils allaient venir ! J'attendais. Ce sont les plus pures émotions de ma vie. (...) Il fallait huit jours. Les trois premiers, j'étais assuré, patient et glorieux. Je descendais ma Grand'Rue de bon matin dans l'émerveillement de quelqu'un à qui tout a été annoncé. Quelque part, là-haut dans le Nord, à Paris, on m'empaquetait un poète et on allait l'envoyer vers moi. Les vestibules bourgeois avaient des couleurs nouvelles. Je savais que j'allais recevoir des recettes mystérieuses pour utiliser ces odeurs d'iris, ces bruits de châles, ces extraordianires gammes musicales qui montaient vers les étages supérieurs de la vie humaine. Aux trois dimensions du monde, dans lesquelles il n'y avait que très peu de place pour moi, je savais qu'un de ces vieux bonshommes qui coûtaient 0,95 allait ajouter une quatrième dimension où j'aurais tout le large de faire impunément des quatre cents coups bien plus formidables que ceux du Casino. Les êtres et les choses étaient entourés du cerne d'azur qui annonce l'arrivée prochaine de la lumière.

Puis il y avait un jour indécis où j'étais au grand large, quand on n'est pas encore certain qu'on va découvrir l'Amérique et que les matelots se révoltent. Je me demandais anxieusement si on avait pensé à recommander le paquet. Le soir, tout espoir était perdu. Il était hors de doute qu'on n'allait pas entourer cette minuscule commande de soins extraordinaires. Les jours qui suivaient, le monde perdait même ses dimensions usuelles. Je finissais par habiter des lieux sans aucune perspective, parmi des êtres plats comme des feuilles de papier.

Et un matin, ce brave Félicien de facteur disait : "Jean, tu as un paquet." Joie et pleurs de joie, c'était un paquet parfait et intact, en bon papier bien fort, ficelé de bonne ficelle, aux bons noeuds, avec une bonne recommandation de treize sous, par ces bons frères Garnier, dont le beau nom était en belles lettres bleues sur l'étiquette. C'est ainsi qu'un 20 décembre 1911 je reçus Virgile."

     J. GIONO, Les pages immortelles de Virgile, Corrêa, Paris, 1947.                     

        

         

 Le département de lettres de l'université de Perpignan vous propose aussi de pratiquer le latin autrement, en participant au

                                               Cercle de conversation latine

tous les lundi de 12h à 13h

au centre de documentation du département de lettres.

On y parle du patrimoine historique, géographique et littéraire des Pyrénées,

on y compare les différentes méthodes d'apprentissage du latin pratiquées depuis Erasme

on y communique avec d'autres université européennes...

   

                       

         

       

Dernière modification : lundi 18 octobre 2010